Walid Salem : j’ai des valeurs humanistes, l’universel me parle

08/03/2017

J’avais déjà collaboré avec Walid en novembre 2016 pour écrire l’un des seuls articles à portée internationale de Rue89 Bordeaux lors de l’élection de Donald Trump, mais nous n’avions pas eu l’opportunité de nous rencontrer avant cette semaine. Lorsqu’il a appris que je préparais la saison 2 de 56 degrés, il a souhaité que nous nous rencontrions pour parler du projet. Dans une question mi-sérieuse mi-boutade je lui ai demandé s’il se prêterait au jeu de la discussion politique 56 degrés, il a tout de suite accepté.

Rendez-vous était donc donné à l’Utopia. Quand après lui avoir commandé une eau pétillante, le serveur lui a apporté une eau importée du Pays de Galles, j’ai senti sa fibre « durable » heurtée, le ton était donné.

La loi « Casserole »

L’une des premières questions que je pose lors de mes entretiens est celle du bilan du quinquennat de François Hollande, et du tac au tac il y répond :  « Son bilan est méconnu, je lui reconnais quelques avancées au-delà du mariage pour tous, comme les congés payés lorsqu’un proche est malade, le CV anonyme. » Il me précise que ce sont de petites avancées qui font que la société s’apaise. Il préfère ne pas condamner sévèrement le bilan du Président sortant : « c’est un type qui n’a pas de casserole » (ndc* : n’est-ce pas triste de devoir se réjouir d’un tel constat ?), qui n’a pas eu de grand scandale, d’abus de pouvoir ou d’indécence humaine.

Plus tard dans la discussion il avoue tout de même avoir été choqué par des promesses qu’il n’a pas tenues, des choix qu’il a faits et laisse échapper ce délicieux lapsus en parlant de la « loi casserole » en évoquant la loi travail, tout en concédant que le jeu politique est très violent, qu’il manque de franchise et de recul et de liberté intellectuelle : « le mec a été démonté par principe. »

La question des migrants

« Il aurait fallu mettre en place dans les pays en guerre des cellules pour fournir des visas de réfugiés et ne pas les lâcher dans la nature. »

La question suivante concerne logiquement ses attentes au sujet du prochain mandat : « Je ne sais pas encore pour qui voter, j’ai des valeurs humanistes, l’universel me parle. » Enchaînant sur un sujet dont je sens qu’il lui tient à cœur : l’accueil des migrants, il me confie son regret que l’Union européenne n’ai pas eu une politique maîtrisée et coordonnée : « Je désapprouve la façon dont cela a été fait. Il aurait fallu mettre en place dans les pays en guerre des cellules pour fournir des visas de réfugiés et ne pas les lâcher dans la nature. » Il m’explique que le marché noir des passeurs a exclu du départ des milliers de personnes qui n’avaient pas les moyens de payer aux passeurs les 4 000€ de leur exil : un grand nombre de personnes ont du rester en danger chez eux sans pouvoir fuir.

Il présente trois avantages : cela aurait permis de répertorier de façon organisée les personnes, de les suivre et de ne pas laisser rentrer des terroristes, en second lieu cela nous aurait évité d’avoir sur la conscience des milliers de morts et enfin cela aurait épargné à l’État le coût de leur prise en charge. Ils auraient pu utiliser leurs économies en France pour commencer leur vie ici plutôt que des les voir disparaître dans les poches d’un passeur qui les aura transportés dans des conditions souvent inhumaines jusqu’en Europe.

Progrès et travail

Le second sujet que Walid a souhaité évoquer avec moi concernait le revenu universel. « On nous a promis pendant des années le progrès et l’automatisation pour épargner à l’Homme la pénibilité, l’effort mais aujourd’hui cela génère du chômage concomitant à une richesse qui nécessite d’être redistribuée. »

« Le plein emploi ne reviendra pas, on a tué l’emploi par l’automatisation ! »

Il m’explique que le travail n’est plus seulement un moyen de gagner de l’argent puisque beaucoup d’entre nous travaillent bénévolement, des associations font du travail que les services de l’État ne font pas (ndc : ou plus ?), qu’il existe de nombreuses initiatives citoyennes bénévoles : le travail n’est plus simplement synonyme d’argent, mais aussi de socialisation, d’épanouissement.

« Les détracteurs du revenu universel disent que l’on va dénaturer la valeur du travail ?… Quelles valeurs du travail ? Apporter des choses à la société sans être payé ? Le jour où l’on enlèvera la préoccupation de gagner de l’argent, peut-être sera-t-on un peu plus généreux. »

« Je l’ai découvert (l’intérêt général) en France et je veux en prendre soin. »

Il enchaîne avec un point de vue que j’ai tout à fait compris, ayant eu la chance d’aller à Beyrouth dans le cadre de l’animation d’un atelier photographique pour des enfants syriens réfugiés  : « Je viens d’un pays ultra libéral, où c’est chacun pour soi. J’y ai souffert de ne pas avoir comme valeur l’intérêt commun jusqu’à ce que je comprenne en France ce qu’est de travailler pour l’Homme. Je l’ai découvert ici et je veux en prendre soin. »

Il souhaite que l’on ne soit plus confronté au moment de son premier emploi à la nécessité de payer des impôts sans que l’on ait appris avant l’intérêt qu’il y a à les payer. Selon lui, il est normal de payer des impôts et pourtant certains ont l’impression d’être volés, il voudrait inverser cette mentalité et enseigner à l’école leur utilité (ndc : mais où est donc passée l’instruction civique ?? Je me souviens d’avoir eu un devoir sur la DDE en 4e au collège Cassignol !!).

Il conclut en faisant la moue : « Encore faudrait-il ne pas mettre en face les scandales de Cahuzac ou Fillon ! Il y a un travail d’éducation populaire à faire. »

*ndc : note du cycliste

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