Santa Barbara • San Francisco

Une rencontre extraordinaire

Départ de Santa Barbara en train

Comment par hasard j’ai pris une bonne décision

Suite à ma douleur naissante au genoux lors mon arrivée à Santa Barbara, j’avais décidé de m’accorder deux jours de repos. J’ai pris le premier comme journée de vacance à regarder la seconde saison du « Bureau des Légendes » que je vous recommande chaudement !
Le second a été consacré à la rédaction de mon précédent article et à prendre le train pour reprendre mon voyage vers le nord de la Californie, direction Guadalupe.
Une fois dans le train, la lumière s’est rapidement assombrie, prenant une teinte infernale orange. Et j’ai compris que nous passions à proximité des incendies qui ont ravagé 19000ha. Heureusement que je n’étais pas passé par là à vélo !
La Californie fait face depuis 2014 et le retour d’El Niño à une sécheresse conjoncturelle qui en annonce probablement une plus longue dans les décennies à venir due au dérèglement climatique. La végétation est donc très sèche et l’eau est partout annoncée comme rare avec des messages encourageant à son économie (Dans un airbnb, il était demandé de prendre des « Navy showers »).
Arrivé à Guadalupe, j’avais été rencardé par une membre de WarmShowers de me rendre à la caserne de pompiers pour dormir dans leur jardin. J’avais échangé avec le Capitaine de la caserne, Fernando Garcia, et il ne semblait pas y avoir de problème. Le jardin s’est avéré être en fait le petit parc de la mairie qui faisait aussi office de cours d’école. J’ai pu planter ma tente et passer ma première nuit dehors en toute tranquillité !

« It’s not about the bike, it’s about the people » Stephen Swift

La morale, avancer, ne pas se plaindre.

J’ai rencontré Stephen le matin, alors que je pliais mon camp au Parc San Simeon. Il m’interpelle avec la question classique : « Tu vas où ? », moyen facile d’engager la conversation entre voyageurs. Je lui réponds et lui retourne la question.
Et là, surprise. Parti le 7 mai 2012, alors que je venais à peine de m’installer à Montréal, il voyage depuis plus de 4 ans ! Une éternité.
Je dois vous raconter que Stephen n’est pas l’homme le plus chanceux de la terre. En 2011 il a perdu sa femme dans un accident de voiture, duquel l’une de ses filles, Savannah, a survécu avec un traumatisme qui l’a laissée avec la conscience d’une enfant de 10 ans.
10 mois plus tard il est diagnostiqué de son second cancer.
Au bord de la dépression, Savannah lui suggère de partir faire un voyage à vélo. Il pensait partir un mois et le voilà toujours sur la route, trainant derrière son vélo une lourde remorque chargée d’une infinité de matériel : tente pour 4, table, chaise, réchaud. « C’est plus agréable pour le gipsy camping », façon personnelle d’appeler le camping sauvage. Il transporte toujours 4 bols et assez pour nourrir les gens qu’il rencontre, c’est d’ailleurs l’une des première choses qu’il m’a proposées pendant notre discussion. Sa fille est sa motivation chaque jour sur le vélo, à rencontrer de nouvelles personnes, à transmettre son histoire, à sensibiliser un maximum de personnes au sujet du cancer.
Au cours de ces 4 années, il s’est fait voler son ordinateur portable, une tente et 2 vélos. Et malgré cela il garde toujours foi en la rencontre humaine.

« We lost our meaning! » Stephen Swift

Stephen est assez désabusé sur les Etats-Unis. « Hillary is a liar, a pussy » Depuis le début de mon voyage, j’ai souvent entendu cette phrase au sujet d’Hillary Clinton, l’affaire de ses courriels officiels envoyés depuis un serveur personnel semble avoir beaucoup dérangé les Américains, même démocrates, qui ne se reconnaissent en plus pas facilement en elle. Son extraction bourgeoise, ses liens avec les grands dirigeants et financiers de Wall Street ne lui sont pas non plus vraiment pardonnés. Le choix probable de la sénatrice Elizabeth Warren, issue de l’aile gauche du parti, plus proche de l’électorat de Bernie Sanders, le candidat des jeunes et des « progressistes » n’est pas anodin dans ce contexte.

« Trump want aliens out? Pffff… » Rien à ajouter, l’entrepreneur, animateur télé ne semblait pas recueillir un grand respect de la part de Stephen.

Alors que je le croisais, Stephen était enfin sur le chemin de Newport, Oregon, donc il est originaire. Au bout de 29000 km, il va retrouver son entreprise de construction, ses filles, avec déjà en tête un prochain voyage, avec l’une d’elles et une voyageuse croisée sur son chemin !

La morale que je tire de cette rencontre ? Ne pas se plaindre. Avancer, faire face, toujours, par respect pour l’autre dont la situation est moins enviable que la notre et qui agit pour aller mieux.

Into the great wide open

La vie au grand air • Tout le monde devrait écouter Tom Petty

Mis à part une nuit à devoir payer idiotement un motel à $150, voilà ce que fut ma vie pendant les 6 jours suivants : into the great wide open. Vélo la journée, vent un peu réduit à cause de la côte déchirée, installation de la tente, douche payée à coup de pièces de 25cts, dîner dans un resto ou grignotage de pains à hotdog recouverts de Nutella, pliage de la tente et recommencement. La côte californienne regorge de campings dont une petite zone est réservée aux cyclistes et marcheurs, pas besoin de réserver, il suffit de se pointer, de payer entre 5 et 6 dollars pour installer sa tente. Une aubaine (lien plus bas pour les trouver) !
Le parcours de Big Sur fut un grand plaisir. Il faisait chaud comme j’aime la journée, quelques bosses pas trop hautes mais aux pentes impressionnantes passées grâce à de tous petits développements. Le début de l’entraînement pour les rocheuses avait déjà débuté. Et je pensais à Stephen, comment allait-il passer ça avec son chargement… Et le vent dans sa grande pancarte…

L’ennemi est de retour

Passé Big Sur, le vent a fait son grand retour. Implacable, violent, par rafales, à m’en déséquilibrer. Vraiment insupportable.
Pour mieux comprendre regardez cette vidéo prise sur le chemin vers Morro Bay :

Un peu désespéré je me suis arrêté une heure dans une montée, alors que le vent m’empêchait littéralement d’avancer, je me suis adossé à un montant de la barrière de sécurité coté montagne et j’ai attendu, en mangeant du pain et du Nutella pour me remonter le moral. Je pense que Carmen doit se rappeler quand je l’ai appelée à ce moment là, histoire de reprendre un peu le moral.
Et le surlendemain, après une journée plus calme en direction de Santa Cruz, sur la route de Half Moon Bay, j’ai totalement craqué et posé le vélo pour faire du stop. C’est Alan, vieil anglais immigré depuis bientôt trente ans en Californie qui m’a gentiment embarqué dans son combi Volkswagen… C’était le jour du Brexit et son portrait est juste à côté !

Une dernière nuit de camping, 23km et une ascension de 400m plus tard, j’étais à San Carlos, dans la banlieue de San Francisco, et je vous raconte ça dans le prochain article !

En conclusion ne remontez surtout pas la Californie à vélo. Mis à part Stephen qui rentrait chez lui, je n’ai vu AUCUN voyageur à vélo se diriger vers le nord. Tous vont vers le sud et reviennent avec un autre moyen de transport vers le nord. Ne soyez pas déraisonnables comme moi !

Premières nuit de camping

Stephen Swift

Le long de la Big Sur

De Big Sur à Half Moon Bay

A propos

Photoreporter, cycliste, développeur.
Curieux, enthousiaste.
Je vis à Bordeaux.

4 Commentaires

  1. Commentaire par rené

    rené Répodnre 03/07/2016 at 0 h 29 min

    Tu as la chance de faire des rencontres d’américains totalement différents de ceux que les médias européens nous proposent; cela redonne à l’Amérique et à ses habitants une dimension humaine que Google et les autres ont éclipsée.

    • Commentaire par Manuel Caballero

      Manuel Caballero Répodnre 03/07/2016 at 20 h 01 min

      C’est vrai pour le moment, mais la Californie semble vraiment un endroit à part aux USA, nous verrons ensuite. Hier soir j’ai encore été invité à dîner par deux campeurs rencontrés alors que je m’installais. Barbecue et burgers délicieux, discussion très enrichissante ! Et ce soir je vais voir le feu d’artifice de la fête du 4 juillet avec des cyclistes de Napa.
      Je retiens que Google, un téléphone connecté, Yelp, Booking, airbnb, warmshowers sont les meilleurs outils du voyageur, ils me permettent tous les jours de superbes rencontres, de ne pas me perdre, d’optimiser mon parcours !

  2. Commentaire par lehelley

    lehelley Répodnre 11/07/2016 at 14 h 59 min

    Bonsoir Manuel .merci de votre réponse .on va sur facebook pour vous suivre .toujours aussi superbes vos photos .un réel plaisir de vous lire .Encore un grand Bravo à vous pour ce projet .on est avec vous pour pousser sur les pedales .
    Frederic et Valery

  3. Commentaire par Côme

    Côme Répodnre 22/10/2016 at 6 h 00 min

    Bonjour Manu,
    J’arrive d’un petit périple de 2300 kms Portland(Oregon)- L.A. durant 3 semaines avec 2 copains. Plaisir de revoir certaines parties de ton voyage qui nous ramènent ‘back to the future’. Ne jamais faire sud-nord; on a apprécié le vent …..de dos.

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