Khadija : Je vois l’excellence de ma morale ou la perfection de ma façon d’être et de me comporter avec les autres

13/04/2017

Je me baladais dans le parc de la tête d’or à Lyon quand j’ai repéré ces trois femmes voilées qui observaient des acrobates sur leur « slackline», ce genre de sangle que l’on tend entre deux arbres pour marcher dessus en équilibre. La plus âgée d’entre elles m’amusait en mimant les gesticulations d’un d’entre eux et j’ai essayé de faire une photo (que j’ai ratée).

Mais cette maman m’avait vu et elle a commencé à lire mon désormais fameux panneau. Miracle, c’est la première qui a apporté une réponse positive à ma question posée : « Qu’attendez-vous de l’élection présidentielle » : « beaucoup… tout ! »

La rencontre était initiée.

Nadya, 45 ans, m’explique ce qui se cache derrière cette envie. Elle désire que chaque Français soit considéré sur un même pied d’égalité alors que dans les faits chacun défend ses intérêts. Elle souhaite que les femmes musulmanes puissent travailler, qu’elles ne soient pas cantonnées dans leurs maisons. Et à ma question à propos de qui les empêche de travailler, elle me répond : « on a envie de bosser et de faire pleins de choses. Mais beaucoup de sociétés n’acceptent pas. Il y a tellement d’acharnement médiatique sur nous que c’est difficile. Certaines jeunes filles ne peuvent pas aller au lycée avec le foulard, il y en a qui ne veulent pas le retirer, certaines qui le retirent à l’intérieur et qui défendent leur double personnalité. Mais c’est très difficile au niveau psychologique. On devrait accepter tout le monde tel qu’ils sont. N’est-ce pas ? »

La discussion devenait passionnante pour moi. Je donne rarement mon avis ici, mais pour la clarté de cet article, je me dois de préciser que je suis sur la parfaite ligne d’une féministe algérienne qui exprime très bien mon sentiment personnel : Wassyla Tamzali, dont je vous invite à lire une interview du Monde  et un article de blog de Médiapart pour comprendre mon point du vue.

Quelques extraits de ces deux sources pour exposer avec quel angle personnel je parlais avec Nadya, Khadija, Zeyneb : « Certaines féministes, dont les discours confortent les antiféministes rejoignent une frange de l’intelligentsia qui pense qu’on ne peut plus changer le monde et qu’il faut l’accepter comme il est. » Elle dénonce  « l’amnésie des féministes postmodernes », reprochant à des Européennes et à des Nord-Américaines de s’être ralliées, nombreuses, aux thèses du relativisme culturel. « Certaines ont oublié leurs combats », assène-t-elle, des combats grâce auxquels « elles ont été capables de remettre en question l’ordre patriarcal dans ce qui fondait son système : la domination du corps des femmes et le contrôle de leur sexualité. »

Pour Nadya, le problème n’est pas une question de culture, mais de religion, ce qui rend la chose peu négociable pour elle : « Le fait qu’une femme porte un voile n’empêche pas qu’elle soit complètement libre : on s’est battue pour la contraception. On porte le voile parce que Dieu nous le demande. Si Dieu ne nous l’avait pas demandé, je pense que je ne porterais pas le voile. » Ce qui selon elle amène à l’inverse de l’objectif poursuivi par ceux qui veulent interdire le voile : « Il y a beaucoup de choses qu’elles ne peuvent pas faire ces jeunes femmes. C’est gênant. Sur du long terme dans une société, on ne va pas les mettre dehors. Elles ne vont pas partir comme plein d’autres le demandent. Elles vont rester, c’est leur pays. Elles aiment leur pays. La France, c’est chez elles. » 

Elle me donne l’exemple de sa sœur, docteur en maths et qui ne peut pas travailler à l’université dont elle est diplômée, la Sorbonne. Elle craint avoir fait son doctorat pour rien : « C’est cela que j’attends des autres. Je pense qu’à un moment donné on acceptera ces femmes à voile parce qu’on dira que ce n’est pas culturel. Elles sont libres. Moi je ne me sens pas opprimée, je suis tout à fait libre. »

Je l’interroge alors sur les pressions sociales qui peuvent exister en banlieues sur des filles jugées trop sexy : « Moi je viens de la banlieue et ce qu’on véhicule n’est pas toujours vrai. Il y a beaucoup de clichés. C’est ce que je trouve dommage. » Et quand je lui parle de Bourguiba qui libéra la femme du voile dans les années 60 en Tunisie elle m’explique : « Pourquoi dit-on que lorsqu’on retire un voile à une femme elle est libre ? Moi je me sens tout à fait libre de dire non à mon mari. Je peux dire oui ou non à mes enfants. Je peux reprendre mes études. Demain, je peux prendre un billet d’avion et partir. J’ai une voiture, je conduis, et j’emmène mes enfants. Aujourd’hui mon mari n’est pas là, il est à l’étranger. Je ne suis pas sa petite fille. On fait cela, c’est un accord. J’ai envie de faire plein de choses et j’en fais plein, c’est moi qui m’aliénerais en tant qu’individu. Ce n’est pas parce que j’ai cela que je ne suis pas libre. Mais cela changera  ! »

C’est ce moment que sa fille Khadija (photo) a choisi pour participer à la conversation : « J’y vois l’excellence de ma morale ou la perfection de ma façon d’être et de me comporter avec les autres de cette manière mais cela peut aussi être culturel, par exemple, je suis universitaire à la Fac, en philosophie. Je ne dis même pas que c’est un cadre religieux. Il y a des filles étrangères à la fac, une fois qu’elles sont ici en Erasmus qui ne portent plus le voile comme je l’ai porté sous les persécutions religieuses. Alors qu’elles le portent uniquement dans un but culturel, traditionnel. Pour prouver leur appartenance culturelle. (…) Elles viennent avec leur culture. Elles s’intègrent dans l’université avec leurs coutumes. »

Quand je leur demande si elles vont voter, Nadya la maman me fait part de son intérêt pour le programme de Benoît Hamon : « Il a de bonnes idées, il y a des choses intéressantes dans son programme même si pour certaines, je ne sais pas si ça tient la route. Il a compris la pluralité de la France, mais il n’est pas venu au bon moment, peut-être les prochaines élections » alors que Khadija, nette et tranchante, m’affirme : « les gens ont perdu leurs rêves après Sarko et Hollande, Hamon est trop utopiste. J’ai étudié Platon, la Répuplique… je suis contre le système du vote. »

Et au moment de se quitter lorsque Nadya m’interroge sur mon pronostic au sujet des chances de Marine Le Pen d’être élue, la seconde fille de Nadya, Zeyneb décoche une remarque féministe : « de toute façon en France on ne votera pas pour une femme, l’image de la femme n’est pas admise en politique ! » 

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