J’ai passé une soirée dans une famille Chrétienne traditionaliste dans le Colorado

06/08/2016

Mardi soir sur les coups de 16 heures, alors que j’avais toute la journée affronté un vent de face de 30 km/h, je me suis résolu à m’arrêter et à faire du stop.
Mon optimisme légendaire a été un peu douché, j’ai dû attendre au moins 1h30 avant qu’une voiture ne s’arrête pour m’embarquer. Lorsque la vitre se baisse, la première question de la conductrice est de me demander si je suis en panne. Je lui réponds non, que je suis fatigué et souhaite juste poursuivre ma journée un peu plus loin. Sa seconde question ne manque pas de me surprendre : elle me demande mon permis de conduire pour le photographier et l’envoyer à ses proches, au cas où il lui arriverait quelque chose.
Voilà bien un syndrome américain que je constate au cours de mon voyage : beaucoup de leurs comportements sont liés à des peurs, alors qu’honnêtement, il ne se passe rien dans ces régions du centre des USA.
Après avoir montré patte blanche, j’embarque mon vélo dans son coffre et nous partons. Elle m’explique qu’elle m’avait vu faire du stop et qu’au bout de deux ou trois miles elle a fait demi-tour pour ne pas me laisser seul.
Suivent quelques minutes de discussion et de présentation, puis elle se demande où je vais bien pouvoir manger et dormir. Elle sort alors son téléphone et appelle le prêtre de sa paroisse. Il la dirige alors vers un motel/camping tenu par d’autres paroissiens.

Becky, la gentille (mais méfiante) autostoppeuse qui m’a permis de vivre cette expérience !

Et je suis arrivé dans une famille pas commune. Tout de suite l’affaire était entendue, j’allais pouvoir passer la nuit ici et manger parmi la famille. Sitôt ma tente fermement installée et judicieusement orientée par rapport au vent, je rejoins tout le monde dans le salon accompagné de mon ordinateur pour leur montrer les photos que j’ai prises jusqu’à présent, la rue dans laquelle j’habite à Bordeaux, étonnement au rendez-vous ! C’est certain que la rue Vital Carles diffère beaucoup des champs de maïs et de blé de l’est du Colorado !
Nous nous servons chacun notre tour dans les grands plats posés sur le comptoir de la cuisine, et en tant qu’invité, je suis prié de me servir en premier. Aaron se sert en second puis viennent les enfants par âge. Je ne savais pas trop comment me comporter, j’avais l’impression que nous allions manger debout autour du comptoir, alors j’ai mangé une bouchée. Et quelques secondes ensuite, Aaron demande à l’une des filles si elle veut dire le bénédicité… oops, je venais de comprendre (Aaron l’avait-il fait à dessein ?) que je n’avais pas respecté les bons codes.
Nous passons donc à table et Aaron prend finalement l’initiative de dire le bénédicité. Avec une grande générosité, sa prière tourne autour des souhaits qu’il souhaite voir exaucés pour la suite de mon voyage : moins de vent (c’est raté), de crevaisons (c’est raté) et de montées (raté aussi mais histoire à suivre !!).
La discussion a ensuite vraiment commencé. L’une des premières questions qui m’ait été posée est sur ma foi.
Depuis le début, je joue franc jeu, je me souviens qu’on m’avait un peu idiotement conseillé de mentir et de dire que je croyais en Dieu dans ces régions, mais je pense que le respect passe par la vérité, et jusqu’ici personne ne m’en a fait le reproche d’ailleurs.
Alors j’ai expliqué qu’en dépit de mon éducation catholique, je ne crois plus en Dieu depuis mon adolescence, que faire correspondre mes convictions, ma vision de la science et Dieu ne fonctionne pas dans mon esprit. Ils paraissent surpris. Stéphanie m’explique qu’elle a trouvé la paix grâce à Dieu. Aaron me raconte qu’il s’est converti, il était catholique avant de devenir protestant. Il m’a précisé la différence entre les deux approches, se disant plus près de Dieu depuis.
Après la religion, il fallait bien que nous parlions un peu politique. Sans appel Aaron a éliminé l’option Hillary Clinton. Mais il ne semblait pas non plus convaincu par Donald Trump. L’homme ne correspond pas à sa morale religieuse. Ce qui est drôle c’est que l’une de ses filles s’est amusée de ce doute.
Je l’ai senti ennuyé car il devra voter pour un homme dont il ne partage pas les valeurs. Il aurait souhaité que le candidat Ben Carson, prestigieux neurochirurgien, ultra conservateur et très religieux, opposé à l’avortement, critique de l’homosexualité, défendeur du port d’arme soit le candidat républicain. Si sur les idées, il ne s’éloigne pas trop de la ligne contemporaine du parti Républicain, sur le style c’est très loin de Donald Trump.
Aaron est un typique représentant de la droite Chrétienne républicaine, il regrette par exemple que les Dix Commandements de la Bible aient été retirés des salles de classe.
Juste en note, il ne faut pas réduire le parti Républicain à Donald Trump ou les bretzels de G. W. Bush. Ce serait oublier que ce sont les Républicains qui on aboli l’esclavage par exemple, au nom de la liberté individuelle. Le positionnement actuel n’a pas été vrai tout au long de son histoire.
Je vous encourage à lire ce document écrit en 2013 par Aurélie Godet, pour mieux comprendre les difficultés du parti à remporter les dernières (et futures ?) élections présidentielles, c’est très enrichissant.
L’un des autres thèmes de notre discussion a été le prix des universités. Il critique les Démocrates qui veulent rendre l’enseignement supérieur gratuit. Une année coute en effet jusqu’à 60000 dollars (mais il existe des bourses, des rabais), imaginez avec quelle dette les étudiants entament leur carrière professionnelle. Cela explique d’ailleurs pas mal la propension des américain à peu voyager et à travailler beaucoup, il faut payer ses études. Il défend le système actuel dans lequel chacun investit dans ses études en fonction de ses moyens, et lorsque je lui ai parlé du risque de reproduction sociale, il m’a confié qu’il enchaînait 4 jobs pour payer son université en sciences sociales. Bref, une vision totalement différente de la nôtre en France.

Après le dîner je suis parti me coucher dans ma tente alors que les éclairs commençaient à illuminer le ciel. A ce moment-là, je ne savais pas encore qu’il allait s’abattre sur ma tente un orage mémorable… Heureusement que je l’avais bien arrimée au sol… Le vent était vraiment fort et la pluie torrentielle. Seuls mes pieds ont été un peu mouillés parce que j’avais mal positionné le toit à cet endroit.

Je pensais pouvoir prendre une photo le lendemain matin, mais finalement seul Aaron était levé lorsque je suis parti et je n’ai pas eu l’occasion de lui demander de le photographier. Je suis un peu déçu de ne pas avoir pris le temps de le faire le soir même.

En conclusion, ma devise, « Everything happens for a reason » est encore d’actualité. Sans l’autostop, sans cette attente d’1h30, rien de cela ne serait arrivé. Je ne crois pas en Dieu, mais il faut toujours profiter au maximum de toutes les expériences qui nous sont offertes par la vie et le hasard !
Je remercie vivement cette famille qui a su m’accueillir comme j’étais, avec une grande générosité. Ce fut une grande chance de partager cette soirée avec eux, je leur souhaite vraiment tout le bonheur possible dans leur vie.

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