Charlie soutient la politique de R. Ménard à Béziers mais votera JL. Mélenchon

16/04/2017

Il y a quelques villes françaises que j’avais notées sur ma feuille de route, avec la ferme intention d’y passer, parce qu’elles sont des marqueurs importants de la politique de ces dernières années. Béziers en était une.

Je venais d’arriver sous une pluie battante, après avoir dormi dans les vignes à quelques kilomètres. Malgré quelques petits arrêts avec mon vélo et mon panneau, personne ne se pressait pour me parler. J’ai alors pris l’initiative d’aller parler à deux jeunes amoureux qui se trouvaient à la table à côté de moi lorsque je prenais mon petit déjeuner.

Charlie et Morgane sont ensemble depuis quelques semaines seulement et se sont rencontrés à distance… en jouant à un jeu en réseau : « The Elder Scrolls online ». Charlie travaillait dans la police, mais se demande s’il ne veut pas changer de voie : « on ne dort pas bien la nuit » et Morgane est coiffeuse. Détail intéressant, Charlie est né en Israël : « Là-bas les gens pensent plus à la religion qu’à la politique. » Je le sens gêné de me dire ça mais il m’explique : « le pays se développe un peu comme un cancer, ce qui se passe en Palestine, ce n’est pas beau. Je suis utopiste, on devrait tous être égaux et s’adapter, vivre ensemble au lieu de camper sur des positions. Ils (je dis ils car je ne me reconnais pas dedans) font vivre aux autres ce qu’ils ont vécu eux-mêmes. Les clés du futur sont dans l’éducation et le voyage. »

Je les avais abordés en leur posant une question simple : comment leur opinion de Béziers avait-elle évolué depuis l’élection de Robert Ménard, maire très proche de Marine Le Pen, dénonciateur du « grand remplacement », théorie qui affirme que la population européenne et judéo-chrétienne serait remplacée par une population arabo-musulmane et africaine.

« M. Ménard est très limite sur beaucoup de choses, mais j’essaie de voir plus loin »

Le hasard faisant bien les choses, Charlie s’est rapidement positionné, avec un rythme de parole extrêmement posé et réfléchi : « L’ancien Maire, M. Couderc avait tout misé sur des centres commerciaux comme le Polygone, qui marchent très bien, mais qui ont endetté la ville. Tous ces centres commerciaux à tous les bouts de Béziers ont fait en sorte que les gens passent par la rocade et ne s’arrêtent plus dans le centre ville. Tous les commerces ont fermé et lui s’est enrichi au passage. » Quand je l’interroge sur l’action du nouveau, il commence en déplorant les prises de position choquantes de R. Ménard : « C’est malsain, il est affilié à l’extrême droite. Tout ce qui est extrême c’est nauséabond, ça fait peur, ça appelle la haine de l’autre. Il a lancé un journal de propagande qui vante son action et essaie de faire peur. Il est très limite sur beaucoup de choses, mais j’essaie de voir plus loin que ça et de voir ce qu’il fait de bien, ses promesses tenues, qui va au bout des choses. » Il lui reconnaît d’avoir fait du bon travail en baissant les impôts pour les commerçants, ce qui permet au centre-ville de revivre, d’avoir modernisé la place de la Mairie, d’avoir redynamisé la féria annuelle et m’explique : « il a créé une mutuelle pour les plus démunis et les personnes âgées, il a instauré un système de livraison de repas pour les personnes âgées, il a rouvert la Croix-Rouge pour les sans-abri, c’est vraiment un bon maire, il y a un avant et un après et les gens l’apprécient. »

« Mélenchon est intègre, c’est ce que réclame la fonction »

Bien entendu, je m’étais fait une idée sur son vote lors de l’élection présidentielle et en posant la question, j’avais anticipé la réponse. Bien mal m’en avait pris : « Je suis un gauchiste, la politique qu’on nous propose aujourd’hui est factice, j’ai du mal à palper les idées, qui se mélangent entre les partis. La gauche pour moi c’est une idée magnifique parce que c’est humain, c’est créer l’harmonie. Comme le PS est désuni je vais voter Mélenchon, il est brusque, mais c’est celui qui a le moins d’affaires, il est intègre, c’est ce que réclame la fonction. » Il rajoute un argument pour m’expliquer pourquoi il ne votera pas B. Hamon, il estime que comme F. Hollande il n’a pas l’autorité nécessaire pour faire fonctionner sa majorité et faire respecter le cap qu’il veut donner : « ça ne peut pas fonctionner ».

Face à mon étonnement il justifie son choix : « Marine Le Pen a des idées nauséabondes, comme M. Trump, le repli sur soi, c’est toujours une mauvaise chose, on devrait plus s’ouvrir, sortir de l’Europe c’est la pire des idées et la pire des choses qui puisse nous arriver : ça nous apporte la sécurité, une culture commune, on partage une même monnaie forte qui nous permet de rivaliser avec les USA, la Chine et le Japon. L’Europe c’est ce qu’on a de plus fort. Mais le maire de son côté il fait du bien à Béziers, il fonctionna à la punchline, il essaie de faire réagir. Mais vous savez, mes amis musulmans se sentent bien ici. »

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